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    July 11

    Tout fout le camp...


    - notre resto d'habitués "pollo a las brasas" de la rue Parana a fermé, on a reconvert son entrée de panneaux publicitaires.
    - le prix du cône de glace simple ou double chez Casseratto a augmenté de 50 centimes de peso.
    - l'immeuble-castillo tout près de la Casa blanca est terminé, il est encore plus horrible que ce qui était prévu (le dessin sur le panneau de l'architecte), au sommet de la plus haute tour, ils ont mis une girouette en forme d'ange.
    July 10

    Dignidad humana y exclusion social en la ciudad de Resistencia

     
    Aujourd’hui, je vais vous parler de l’exclusion sociale dans la ville de Resistencia, oui, je sais, rien que ça, c’est ambitieux comme sujet d’article. Bon que je vous explique un peu. Si vous vous souvenez bien, je m’ennuyais un peu beaucoup dans mon stage les premières semaines, après de longues journées de lamentation, j’avais obtenu du boulot !!! Un travail sur « la dignité humaine dans la ville de Resistencia » que j’aurais à présenter durant la journée de conférences organisée par l’association où je bossais. Un sujet suffisamment vaste pour que je puisse faire à peu près ce que veux, ça m’allait très bien.
    J’ai choisi de bosser sur l’exclusion sociale, mais pourquoi vous demandez-vous tous en chœur…
     
    Ben parce que l’argentine, c’est bizarre. L’argentine, c’est plein de descendants d’immigrés européens, un peu mélangés avec les quelques survivants indiens, et l’argentine ça veut ressembler à l’Europe. Et en effet, à première vue, ça ressemble à l’Europe, surtout quand on est une étudiante étrangère fraîchement débarquée et qu’on vit dans une jolie maison du centre ville : on va à la fac, au ciné, on sort, on va faire ses courses au patio olmos et on voit pas trop pourquoi on a fait 12 000 kilomètres pour se retrouver dans une ville tout compte fait assez occidentale. Et puis, un jour, on se prend à jeter un coup d’œil par-dessus un mur recouvert de panneaux de pubs et là, quelle surprise, dans un des quartiers les plus chics de Cordoba, un bidonville, plein de petites maisons faites de tôles et de bouts de carton.
    En argentine, 23% de la population vit en dessous de la ligne de pauvreté, 8% dans l’indigence (c'est-à-dire ne pas avoir les ressources suffisantes pour se procurer de quoi manger), mais tous ces gens-là paraissent ne pas exister. On les connaît pas, on les voit pas, on en parle, enfin si, à longueur d’informations télévisées à propos de l’insécurité grandissante dans les villes argentines.
    Bref , l’argentine, c’est un joli vernis occidental qui se craquèle par endroits : les serveurs dans les bars essaient bien de mettre dehors les mômes de cinq ans qui mendient et vendent encens et autres babioles, mais ils sont bien là. Deux argentine qui cohabitent mais s’ignorent totalement.
     
    A Resistencia, la réalité est plus cruelle encore : 42% de pauvreté, 21% d’indigence, des villas-miseria immenses entourent la ville. Mais idem, la même brèche immense entre une classe moyenne qui a parfois elle aussi du mal à joindre les deux bouts et un secteur très pauvre qui est totalement en dehors du système. Les points de contact entre ces deux mondes, il y en a peu : généralement, c’est l’employée domestique qui travaille dans un famille aisée, ou bien la bonne volonté de certaines personnes qui sont volontaires dans un association et vont donner un coup de main dans les quartiers les plus pauvres.
     
    Donc mon idée, c’était ça : connaître et comprendre le pourquoi du comment de ce fossé entre deux argentines. Et me voilà partie avec mon petit dictaphone et quelques souvenirs de méthodologie de la recherche en sociologie. Mon boulot a été de me balader et d’aller parler avec les gens, on a vu pire comme torture, surtout que les personnes en question ont été pour le moins très ouvertes et disposées à m’aider. J’ai donc traîné à caritas, avec les piqueteros-marxistes-kirchneristes de Barrios de pie, dans le quartier de Villa facundo avec l’association Manos abiertas. Bilan : de nombreux matés partagés, quelques très jolies rencontres et, à grands coups de données pêchées sur internet, de concepts bourdieusiens et du méchant-néolibéralisme-qui-enrichit-les-riches-et-appauvrit-les-pauvres, un dossier sur le sujet.
     
    Les conclusions de mon travail : l'exclusion sociale, en argentine du moins, c'est un cercle vicieux, et un des éléments principaux de ce cercle, c'est la perte du travail et plus précisément du travail légal, déclaré.
    L'argentine, ça fonctionne énormément de manière informelle : en liquide, au noir ; l'Etat y compris paie une partie de ses fonctionnaires au noir, les plans sociaux sont versés en liquide (c'est-à-dire des heures de queue à la banque pour aller retirer ses 150 pesos du plan jefe de hogar, l'équivalent du RMI). Travailler au noir, ça veut dire bien sûr pas de retraite, mais ça veut dire aussi un accès aux services de santé très médiocre. En Argentine en effet, c'est l'employeur qui fournit une « obra social », l'assurance maladie en quelque sorte. Ceux qui n'en n'ont pas vont à l'hôpital public, où la qualité des équipements et des soins est bien moindre.
    Pas de travail déclaré, ça veut dire aussi pas de sécurité, peu de prévisibilité. Beaucoup d'habitants de ces quartiers pauvres vivent de « changas », c'est-à-dire de travaux ponctuels, de services proposés, du genre tondre la pelouse, laver les carreaux, du linge ou bien « cartonear », faire les poubelles pour ramasser du carton et le revendre. Degré zéro de prévisibilité, la vie au jour le jour.
    L'école qui ne remplit pas son rôle avec un brèche entre « l'école du quartier » et « l'école du centre », et un fossé entre cette classe exclue et la classe moyenne, fossé social mais aussi spatial. Dans le centre vivent les familles de classe moyenne plus ou moins aisées, et aux alentours se constituèrent des quartiers informels qui petit à petit s'organisent. Les habitants obtiennent le titre de propriété, arrivent à se construire une maison en dur, la municipalité trace les rues. Mais les inégalités d'infrastructures sont énormes : dans ces quartiers, ces chemins de terre impraticables à la moindre pluie, pas de bus, pas de système d'égoûts. Et pas de mixité sociale, ce qui ne fait pas franchement avancer le schmilblick....
     
    En bref, des habitus, des vies, des perspectives totalement différentes, des mondes différents et parfois seulement séparés par une avenue. Et un question : como cajaro hizo un pais tan rico para destruirse en tan poco tiempo ?
     
     
    July 09

     
    Cordoba, 12h03.
    Il neige.
     
    PS: article en préparation.
    July 04

    Chaco, c'est fini...


    ça y est mon stage à Resistencia s'est terminé !! à la demande générale (d'Anna), je vous ai mis des photos de ces quatre mois dans le Chaco, album qui, dixit jérémie, "ressemble au calendrier de l'Unicef", vous pouvez aller y faire un tour tout en bas de cette page.
    Il faudra aussi que je mette quelques articles pour vous raconter ce que j'ai fait pendant ce séjour à Resistencia, allez promis je me motive et je vous fais ça....

    Hola tod@s!
    algun@s me pidieron las fotos que saqué estos ultimos dias, de todas las despedidas, les puse en esta pagina, abajo al fondo fondo. Si quieren también les puedo enviar por mail,
    besitos
    Pauline

    June 06

    Iguazu

     
    Un petit week end de tourisme il y a quelques semaines aux chutes d'Iguazu, la frontière entre le Brésil et l'Argentine.
    Dans une forêt tropicale peuplée de coatis, de perroquets et de touristes étrangers, des cascades gigantesques, plus hautes que celles du Niagara. C'est le fleuve Paraná, l'un des plus importants d'amérique latine qui chute, chute, chute...
    Un parcours magnifique, même sous la pluie.
    Bon inutile de vous en raconter beaucoup plus, vous pouvez aller jeter un coup d'oeil sur l'album photo, tout en bas!
     
    June 03

    En excursion avec l'Eglise catholique.

     
     
    Moi, ce que j’aime dans la mobilité, c’est qu’on fait plein de trucs qui n’ont absolument rien à voir les uns avec les autres. Après cinq mois passés en compagnie du parti communiste de Cordoba, à les suivre dans toutes les manifs, conférences, projections et autres séminaires, me voilà en stage dans une association catholique. En marge de ça, je vais quelques heures par semaine faire du soutien scolaire dans une villa-miseria de Resistencia avec une autre association catholique, Manos abiertas.
    Ce sont les membres de cette dernière qui m’ont invitée au congrès national de la fondation Manos abiertas qui se déroule à Concordia, à 400 km au nord de Buenos aires, tout près de la frontière uruguayenne. Nous voilà donc partis pour sept heures de route dans un minibus, en ce week end de pentecôte qui est aussi un long week end dû à un vendredi 25 mai férié en argentine. Le 25 mai, se commémore en effet un révolte contre les colons espagnol, premier pas vers l’indépendance argentine, un truc dans ce genre, ne me demandez pas beaucoup plus de précisions historiques. Bon de toutes façons, on s’en fout l’essentiel c’est que ce soit un jour-férié-où-on-ne-travaille-pas-et-même-que-c’est-bien-parce-que-ça-fait-marcher-le-tourisme.
     
    Donc trois jours à Concordia, sous le prétexte plus ou moins bidon d’alimenter ma recherche sur la dignité humaine et l’exclusion sociale. Se réunissent en effet les membres de toutes les fondations « manos abiertas » du pays, il y a donc des porteños, des cordobeses, des salteños, des entre-rianos, qui viennent raconter ce qu’ils font dans leurs provinces respectives. La plupart des délégations travaillent avec des enfants, gérant des foyers de jeunes en difficultés familiales, ou en faisant comme nous du soutien scolaire ; d’autres aident des personnes en phase terminale à mourir ou hébergent des gens « en situation de rue » comme on dit ici.
    J’imaginais qu’il y aurait des ateliers d’échange sur les différentes expériences, en fait, l’activité sera principalement… religieuse ! Nous arrivons le vendredi en début d’après-midi et au programme : vendredi soir, messe ; samedi matin, retraite spirituelle ; samedi soir, messe ; dimanche matin, messe. Ma dose pour l’année à venir.
     
    Pour autant, ne croyez pas que j’étais tombée dans un séminaire de l’opus dei, ni dans un quelconque rassemblement de chrétiens traditionalistes, bien au contraire. Les gens étaient très ouverts, à vocation ouvertement sociale, tout ça emmené par des prêtres et des sœurs jeunes, dynamiques et les pieds bien ancrés dans réalité. Nous étions logées avec Rosana et Silvina, deux membres de Manos abiertas de Resistencia, chez Lidia, une quarantenaire parfaitement adorable qui vivait avec sa maman non moins adorable. Tout le monde très ouvert, énormément de jeunes, plein de jeunes, des jeunes à guitare, des jeunes à cheveux longs et pantalons larges, mais aussi des mamies, plein de petites mamies en pleine forme et tout ça constituait un mélange assez réussi.
     
    Le point commun de tout ce joli monde, c’était d’être croyants, très croyants et d’avoir une manière différente d’en témoigner, différente du moins de celle que je connais en france. Ici, ça coule de source, on est croyants et on le dit, on l’exprime, on le transmet, on le chante. La foi est sans doute plus expressive en Argentine. Non, ça, pour ça ils avaient pas peur de l’exprimer : en plus de toutes les messes sus-cités, on prie, on adore prier. Bien sûr, on prie dieu pour qu’il bénisse la table et les aliments et en donne à ceux qui n’en n’ont pas, avant de monter dans le bus on prie la vierge d’arriver entiers à destination, on prie dans le bus pour passer le temps, on prie saint Antoine pour trouver un mari, paraît que ça marche bien le coup de Saint Antoine.
    Sans compter que pendant les travaux de groupe, on se demande dans quels moments on sent le souffle de l’esprit sain, dans quelle langue parle l’esprit saint dans nos activités au sein de l’association, j’essayais de me faire toute petite pourtant, mais mon étrangeté m’a rattrapée : « et en France, il parle dans quelle langue l’esprit saint ? ». A sciences po, on m’a appris à broder sur pas mal de thèmes, mais là, j’avoue que j’ai séché.
     
    Bilan de ce week end : des invitations à Cordoba et Buenos aires à visiter les foyers et autres centres d’accueil, et puis pour reprendre les mots de Jérémie : l’occasion de se rappeler que la Pentecôte, ce n’est pas qu’une réforme de Raffarin !
     
     
    May 29

    Los muchachos peronistas...

     
     
    Aujourd’hui, petite leçon de politique argentine, nous allons donc parler du péronisme. Késaco ?
    Le péronisme naît du président Juan Domingo Perón. Ne me demandez pas s’il est de droite ou de gauche, Perón ne rentre pas dans nos cadres politiques traditionnels. Perón est un militaire qui a gagné en influence suite au coup d’état militaire de 1943. En 1946 il est élu président, mène une politique assez sociale, s’appuyant sur les syndicats et les classes ouvrières, avec l’aide de sa première épouse Evita. Réélu en 1952, il perd le pouvoir en 1955 renversé par un coup d’état, il part en exil en Espagne. Sa traversée du désert.
    Mais il est rappelé au pouvoir en 1973 et revient en Argentine. Bref, un gaullisme à la sauce argentine, l’hystérie collective en plus.
     
    Parce que l’histoire argentine, c’est comme une telenovela, on n’aime pas la demi-mesure, on fait dans le spectaculaire. Donc quand ce cher Juanito revient d’Espagne, tout plein de fans viennent l’attendre à l’aéroport, sauf que les fans entre eux, ils étaient pas d’accord, y avaient les fans de droite et les fans de gauche, alors ils ont commencé à se chamailler. 13 morts.
    Parce qu’être péroniste, ça veut tout dire et rien dire, péronistes de droite, péronistes de gauche, du centre, d’extrême gauche, d’extrême centre, des violents, des pacifiques, y a de tout. Forcément, ça crée quelques tensions et luttes de pouvoir : durant la troisième présidence de Perón se constituent des guérillas dont certaines se revendiquent du péronisme comme les Montoneros, et elles prennent de l’importance. Lors d’un rassemblement sur la place de mai, Perón tente de leur dire que ça suffit les enfants, tuer des gens, ça va un peu mais faut pas exagérer non plus. La moitié de la place se vide, rupture officielle entre le parti péroniste et les Montoneros le 1er mai 74.
     
    Perón meurt quelques mois seulement après, le 1er juillet, mais le péronisme lui survit. En argentine, on n’est pas de droite ou de gauche, on est péroniste ou pas péroniste. Et on ne sait toujours pas si c’est de droite ou de gauche, le péronisme reste un joyeux bordel. Kirshner, l’actuel président, qu’on catalogue traditionnellement de centre gauche pour sa politique plutôt sociale et sa volonté de rapprochement de Chavez et Morales, est péroniste. Tout comme l’était Menem, président dans les années 90, et qui a mené, lui une politique néolibérale assez dure, en privatisant tout ce qu’il était possible de privatiser. Barrio de pie, une organisation sociale et politique qui mène des projets dans des quartiers pauvres et a une branche politique très ouvertement de gauche se revendique aussi du péronisme. Cherchez l’erreur.
    En tous cas, l’hystérie collective, elle, est toujours là. Perón peint sur les murs, graffitis pro-Perón, le parti Justicialiste (fondé par Peron est un des deux partis les plus importants en argentine). Et au sein de ce parti, l’image du chef, de leur leader, leur général est plus que présente.
    Vu que j’adore faire du tourisme, j’ai été visiter l’autre jour un rassemblement du parti justicialiste. Après une bonne demi heure de brouhaha, le calme s’installe et le meeting peut commencer. Tout le monde se lève, la musique se met en marche. « Los muchachos peronistas todos unidos triunfaremos… » qu’ils entonnent. La marche péroniste, c’est l’internationale du parti justicialiste en quelque sorte. « Viva Perón, viva Perón ! » braillent les autres, les doigts en V, faisant le signe de la victoire, leur poing levé à eux… Durant le discours, les références au général ne manquent pas, au mur, les insignes de la « provincia presidente Peron », comme a failli s’appeler la province du Chaco.
    Bref, le chef, le leader, c’est ça qui est important, nous expliquait un étudiant en sciences politiques péroniste d’une dix-huitaine d’années.
     
    Que de folklore politique, de ces rituels nécessaires à la légitimation du pouvoir comme on dit chez nous.
     
     
     
     
    May 10

    Douce France....

     
    Alors, qu’est-ce que ça fait de vivre une election présidentielle loin de France ? Bah, pas grand chose… On regarde TV5 monde et on met dans ses favoris lemonde.fr. Pour le reste, c’est mon papa qui a glissé mon bulletin dans l’urne en cette période électorale.
    Et moi, j’étais très loin.
     
    Un week-end à la campagne à la faveur d’une réunion de pastorale sociale. Réunion de tous les diocèses du nord-est argentin en vue des deux jours de rencontre qui auront lieu au mois de juin sur le thème : “La terre”. Les délégués du diocèse de Goya font une annonce : le lendemain –le fameux dimanche 22 avril- aurait lieu un forum “en défense de notre terre” dans la province voisine de Corrientes. C’est intéressant, dis-je… Pas de souci, qu'on me rétorque, on t’embarque!!!
    Donc me voilà en route pour Goya, à peu près trois heures de trajet, en compagnie de Raul, un prof d'histoire-géo péroniste, un jeune avocat et deux curés dont le père Niela, un survivant de la théologie de la libération (pour ceux qui sont pas au point sur les tendances et courants dans l'église catholique, la théologie de la libération, c'est le courant des curés tiers-mondistes, en gros, des chrétiens marxistes, si, j'vous jure).
    Arrivée dans la petite ville qu'habite Raul, on me fait faire le tour de la famille et des autorités religieuses (curé cordobés, soeur belge etc...) Le lendemain, départ pour Paraje San Isidro, le village où a lieu le forum. De nouveau, tournée de toutes les autorités organisatrices pour me présenter. On a du mal à comprendre qui je suis : d'étudiante en sciences politique, je deviens paysanne, puis journaliste. Mais c'est pas grave, l'essentiel, c'est qu'on a retenu que j'étais française : “alors, tu vas voter pour Sigouline Rochal ?” me demande-t-on.
    Les activités commencent : se réunir en petits groupes avec les gens qui habitent la zone pour parler de leurs problèmes et proposer des solutions concrètes. Je m'inscris dans la commission “Culture et éducation”, en fait de paysans, je serai entourée de profs syndiqué-e-s et autres militants d'associations. Et vous savez quoi, je commence à faire une indigestion de gens d'extrême-gauche (oui, Hélène, je confirme, il est grand temps que tu me reprennes en main) : “la culture comme instrument de résistance à la domination”. Cool, ça, c'est du concret et ça fait sérieusement avancer le schmilblick !
    L'après-midi, mise en commun, l'heure tourne, il est trois heures, soit 8 heures en france mais dans ce bled perdu au milieu de la nada, il n'y a ni internet ni cabine téléphonique.Tant pis, je patienterai. Je repars pour Resistencia avec des amis de Raul, et profite d'un arrêt pipi-plein de gasole pour réveiller mes parents, Sarko-Ségo, m'informent-ils.
     
    Deuxième round : dimanche 6 mai. Entre-temps, j'ai pu m'apercevoir que l'election française avait très bien été relayée à l'étranger, les argentins en général étaient informés et intéressés par le destin de notre beau pays.
    Arrive le deuxième tour tant attendu, je quitte un peu plus tôt que les autres la table de l'asado dominical, à 14h30, soit 19h30 en france, heure à laquelle commence l'émission spéciale présidentielles retransmise sur TV5 monde. 20 heures, les résultats, pas de surprise, mais je reste consternée. Le père de la famille dans laquelle je vis, me chambre, lui est libéral et conservateur. “Je ne comprends pas pourquoi les gens ont peur de la droite” me lance-t-il.
     
    Moi non plus, comprend pas. La France d'après sera bercée de tendre insouciance... Ses enfants vont arrêter de cramer des bagnoles et vont se lever tôt ; quant à ceux qui adorent faire des ronds entre Bastille et Nation et entre Arnaud Bernard et la Capitole, le cher pays de mon enfance va leur apprendre les vrais valeurs, bientôt, très bientôt, ils reconnaîtront l'importance de la moralité et de l'autorité, et seront fiers de ce pays qui leur a tout donné. Oui, vraiment, douce France, je t’ai gardée dans mon coeur....
     
     
    March 22

    Des difficultés de communication interculturelle....

     
    Dites-moi, IEPiens-du-groupe 1, vous vous souvenez de cet exposé qu’on a eu à faire en anglais en première année sur la différence de codes culturels et leurs possibles conséquences sur les relations diplomatiques et commerciales blablabla ? Bon, ben, des fois, ça se vérifie !
     
    En effet, un stage, quelle idée saugrenue ! Se démener des mois et des mois entre CV, lettres de motivation et autres coups de fils de relance pour avoir le privilège de bosser 50 heures par semaine sans être payé un centime d’euro… Et bien je vous le dis, je ne sais pas si c’est purement français, ou européen ou « premier-mondain » mais en tous cas, c’est pas argentin. Pour moi, le stage, ça allait être facile, j’allais m’asseoir à une table et me mettre au boulot qu’on m’avait réservé, sinon, je ne serais pas là. Et bien, cela ne s’est pas passé exactement comme ça.
     
    Première réunion : une dizaine de paires d’yeux se tournent vers moi. « On est ravis de t’accueillir, Pauline, on fera tout pour que ton séjour soit le meilleur possible, mais on aimerais que tu nous dises ce que tu veux faire pendant ces quatre mois… ». S’en suivent quelques longues journées d’ennui (1) .
    Zut, la petite Pauline à sciences po a appris les plans en deux parties et deux sous parties, à parler de l’extension de la démocratie dans le monde, du système semi-présidentiel français, du principe de surveillance au cube dans les sciences sociales ; mais s’imposer, ça, non, elle a jamais fait… Va falloir s’y mettre.
    Donc expliquer, qu’elle veut travailler pour de vrai ; qu’en France, oui, c’est très courant, qu’une entreprise, un administration ou quoi que ce soit quand elle a du boulot mais pas de sous pour employer quelqu’un, prenne un stagiaire ; et que NOOOOOON, NOOOOOOON, bien sûr que non qu’elle veut pas être payée, quelle idée… Ils sont bizarre ces argentins quand même à vouloir rémunérer les gens qui bossent…
    Même question de la part de la directrice de l’alliance française de Resistencia… Je lui parle de vous, Aurélie et Julia qui oeuvrent à la diffusion de la culture de notre beau pays. « Nous aussi, on reçoit des demandes de stage comme ça, mais on n’a pas les moyens pour payer… ».
     
    Au terme de quelques semaines de relance… du boulot ! Une bonne semaine à l’archivage ; pas le plus palpitant à première vue, mais instructif, utile pour comprendre le fonctionnement et le rôle de cette association dont je n’avais une idée que très vague. La constitution d’un groupe de jeunes qui réfléchissent aux problèmes politico-sociaux de la province. Et… une étude ! Sur la dignité humaine dans la province du Chaco (thème de la prochaine journée base du mois de juin), ce qui veut tout dire et rien dire mais qui me laisse une bonne marge de manœuvre, et me permet de travailler sur ce que je veux comme je le veux…
     
    [1] Je remercie d’ailleurs la plupart d’entre vous de votre soutien dans cette période où je passais de la grasse matinée à la sieste, d’internet au téléphone… Hélène était même prête à me céder quelques manuscrits et jérémie quelques articles…
     
     
    February 28

    Les secrets d'Anna pour que les trajets en bus paraissent moins longs

     
     - Regarder le paysage –ça n’a l’air de rien comme ça mais quand on traverse les Andes, ça vaut quand même le coup- et prendre des photos dont on sait d’avance que la moitié sera ratée 5flou, reflet de la vitre).
     
    - Ingurgiter solides et liquides aux couleurs fort peu naturelles constituées principalement de E-200 à 550 achetées très cher au kiosco du terminal de bus.
     
    - Faire des boucles d’oreille avec du fil de fer et des perles, technique apprise avec un Equatorien apprenti Che Guevara qui vendait ses créations à La Paz.
     
    - Donner des cours d’allemand à sa compagne de voyage. C’est ainsi que Pauline Maynier a appris à conjuguer le verbe gehen et a découvert que dans la langue de Goethe, on ne disait pas « Je vais aux toilettes » mais « Je vais sur les toilettes ». Sont-ils pas pragmatiques ces germaniques ?
     
    - Se trouver de nouvelles addictions pour pallier à l’interdiction de fumer : battre son propre record au Rapid Roll (unique jeu de son nouveau portable dont elle comprend les règles).
     
    - Planifier son voyage de l'été prochain au pays de la tour Eiffel et du fromage.
     
    - Eplucher le Lonely planet pour savoir où va nous mener le prochain voyage en bus.
     
    February 27

    la "magique" patagonie

     
    Mercredi 23 janvier
    8h30 : arrivée à Mendoza après une nuit de demi-sommeil dans le bus. Mendoza, pour vous situer, c’est tout à l’ouest de l’Argentine, au pied des Andes. C’est là que je dois retrouver Anna, qui a voyagé presque deux mois au nord de l’Argentine, en Bolivie et au Chili. Elle m’attend à l’Hostel independancia, auberge de jeunesse qui fait l’ojet d’un encadré dans le lonely planet, la bible des voyageurs ; un de ces lieux qui accueille les sacs à dos du monde entier et où l’on te parle systématiquement anglais. L’endroit est joli, on prend le p’tit dèj dans le patio jusqu’à une heure tardive, le temps nécessaire pour nous raconter nos aventures des dernières semaines.
    Je ne vais pas m’étendre beaucoup sur cette journée, principalement consacrée à nos trois activités préférées : manger, dormir, refaire le monde, et puis -j’allais oublier- pourrir l’intercambio. On trouve un peu de temps pour commencer à planifier un peu notre voyage, armées de nos guides en toutes langues.
    Retour à l’hôtel en fin d’aprem, pour se reposer un peu sur nos lits superposés. On discute un bon moment avec Sergio, notre voisin de chambre, il étudie l’administration d’entreprises. « et... ça te plaît ? » lance timidement Anna. Bon, on n’est pas d’accord sur tout, mais il est gentil et marrant. On va manger un morceau au resto en face et au lit.
     
     
    Jeudi 24 janvier
    Une grasse mat’ pas bien longue et on court partout pour organiser les jours à venir. Janvier, c’est la pleine saison au sud, il faut tout réserver quelques jours à l’avance. Alors, on passe des coups de fil dans les hôtels, on va chercher nos tickets de car au terminal. On revient au centre en prenant la ligne de bus régulière. Tout un sport quand : 1) on n’a pas de plan 2) on n’a aucune idée de comment il faut payer. En fait, il faut s’armer avent de monter dans le bus d’un peso 10 en pièces. Ah, ben, non, on n’a que des billets, mais on est déjà montées. Heureusement, tout le bus vient à notre secours : un monsieur du fond du bus vient nous donner de la monnaie, une dame nous explique comment insérer les pièces ds la machine prévue à cet effet pour obtenir le précieux ticket. Ouf.
    Pique-nique dans le parc et retour à l’auberge. Nous nous changeons et partons prendre le bus pour Rivadavia, une ville à une heure de Mendoza, tout ça pour un concert, celui de Mercedes Sosa et Leon Gieco, deux très grands chanteurs argentins. Arrivée sur place, on fait le tour des stands qui vendent disques et babioles en tous genres. Dans tout ce capharnaüm, un stand propose des débardeurs pour filles aux inscriptions d’un goût plus que douteux. L’un d’entre eux attire notre attention : « Soy virgen, fiel y obediente » ( je suis vierge, fidèle et obéissante) disent les lettres vert fluo. Notre sang féministe ne fait qu’un tour, nous allons harceler le vendeur. Pourquoi il ne vend ces T-shirt que pour les filles, hein ? Pourquoi c’est pas les garçons qui devraient être vierges fidèles et obéissants ???? On hystérise, le monsieur ne comprend pas notre combat : « Mais c’est de l’humour... » Oh ben oui, super drôle, hein, je t’en foutrai, moi, des filles obéissantes ! Mais il nous assure que ses T-shirts se vendent très bien et que ce sont principalement des filles qui les achètent. Choc des cultures, en conclut Anna et nous laissons le monsieur au milieu au milieu de ses débardeurs et de ses culottes « 100% virgen » « gata capriciosa ».
    Commence enfin le concert. Une Mercedes Sosa impressionante : une diva d’environ s 70 ans plus que connue en Argentine qui chantera ce soir là du folklore, mais aussi quelques airs de tango accompagnée d’un bandoneon. Magnifique. Puis c'est au tour de Leon Gieco, un chanteur des années 70... comment dire... très années 70. Guitare, harmonica et sur les écrans des chevelus en noir et blanc. Sauf qu'il commence à peine à jouer qu'il se met à pleuvoir, pleuvoir, pleuvoir. On va un temps se réfugier sous le chapiteau restaurant, mais la plupart des gens sont restés sous la pluie avec une chaise en plastique sur la tête pour se protéger. La scène est assez comique : face à nous, une fôret de pieds de chaises en plastique vert sapin qu'on ira bien vite rejoindre.
     
     
    Et puis là, badaboum, j'ai arrêté d'écrire mes jours, alors je vais vous raconter plus brièvement la suite de ce voyage. Donc, pour résumer :   
        - 13 jours
        - 3993 km (à peu près)
        - 60 heures dans le bus
        - ?00 pesos dépensés (à la fin, on a arrêté de compter)
        - 4 auberges de jeunesse, 1 refuge et 1 camping
    Enfin bref, on adôôôôôôre voyager !!!! C'est fou ce que c'est absurde de passer tout ce temps sur la route, de claquer tout ce fric, tout ça pour voir quelques paysages. Non, avec Anna, on s'en est rendues compte : nous ne sommes pas de grandes voyageuses. Bon, je vous raconte quand même.
     
    De Mendoza, on a pris le bus pour Puente del Inca, à presque 3000 mètres d'altitude. C'est un site touristique dans les Andes, tout près de la frontière chilienne : un pont formé par la cristallisation du sel et du soufre qui sont dans l'eau du fleuve Mendoza (ou un truc comme ça, j'ai un peu zappé les processus chimiques), bref, ça donne un pont orangé que les Incas utilisaient. A part ça, les paysages sont époustouflants, on est au pied de l'Aconcagua, la montagne la plus haute d'Amérique ; il fait froid et du vent (merci maman d'avoir insisté pour que je prenne un K-way!).
    On dort une nuit dans un refuge, un vrai refuge avec du vent qui passe sous la moquette, 9 lits dans 10 m2 et les eaux de fonte du glacier au robinet. Et puis l'équipe du refuge très sympa.
     
    Le lendemain, retour à Mendoza, où l'on reprend le bus pour Malargüe, en tout 9h de bus dans la journée. Malargüe, c'est le nord de la Patagonie. On fera une excursion dans le parc national avec un guide très intéressant qui nous explique l'économie de la région basée sur la culture de pommes de terre et le pétrole (y a tout plein de pétrole en Patagonie). Ce qui n'est pas sans conséquences : le gouvernement a autorisé l'extraction de pétrole sous un lac en dépit des risques de pollution dans un parc national.
    Visite de la caverna de las brujas ( la grotte des sorcières), un truc de tourisme aventure ou il faut grimper, ramper, escalader, on nous colle un casque avec une loupiote sur la tête (il n'y a aucune autre lampe dans la grotte). Vous savez, une de ces situations où l'on se dit : « mais qu'est-ce je fous là??? », même avec Anne et Michel, j'avais jamais fait un truc comme ça. Puis, un petit tour dans le parc, il y a de très jolies cascades, et un autre guide nous explique d'où viennent les fossiles qu'on trouve partout par terre. On mange avec un prof de yoga très sympa et on rentre à l'auberge.
     
    Une autre journée de trajet,le projet initial était de rejoindre directement Zapala par la route 40, sauf que sur cette route (en fait un piste non goudronnée) pas de bus, donc il va falloir faire le grand tour par Saint Raphael, Neuquen pour arriver à San Martin de los Andes. Des kilomètres et des kilomètres sans rien !!!! De Neuquen à Junin, 7 heures de route où l'on a traversé qu'un seul village, avec un « puesto » (c'est-à-dire un sorte de ferme) tous les 50 km sur le bord de la route. Apparemment, il y a aussi des gens qui vivent à l'intérieur, qui ont des troupeaux mais n'ont accès ni à l'eau courante ni à l'électricité. Portant, c'est un région très riche, qui vit du pétrole.
     
    San martin de los Andes : lieu de villégiature de la bourgeoisie argentine. Tout est très cher : dans un restaurant, un téléviseur géant projette un concert des rolling stones, la plus grande télé qu'on n'ait jamais vu!! Le paysage est très joli bien que très européen. C'est la région des lacs, au milieu de montagnes recouvertes de sapin, les maisons sont contruites un peu comme dans les alpes, beaucoup sont en bois, mais c'est très récent et paraît très artificiel. On se pose au bord du lac discuter et on ne fera rien d'autre. On aurait envie de profiter plus de la nature, à l'office de tourisme, on nous conseille les campings de Junin de los Andes.
     
    Donc, le lendemain, en route pour Junin. Problème : on n'a pas de tente. Mais on nous assure qu'à Junin, il est possible d'en louer. Arrivée là-bas, on s'aperçoit que non, c'est un village tout petit, Anna demande à un laveur de carreaux dans la rue, il nous confirme que non, pas de boutique qui loue, mais lui peut nous passer sa tente. Parfait, on lui paie le prix de la location dans une boutique et nous voilà parties pour le camping. Un lieu paradisiaque dans le parc national Lanin au bord du lac Huechelafqen. Ce nom au sonorités bizarres, c'est du mapuche, une communauté indigène qui vit dans cette zone. Ce sont eux qui tiennent le camping. On déplie la tente et on s'aperçoit qu'au prix où on l'a louée, on aurant mieux fait de l'acheter! Mais bon tant pis, peut être que le laveur de carreaux a une femme malade et des enfants qui meurent de faim, grâce à nous ils auront peut-être manger le mois qui vient (et puis un touriste qui se fait pas arnaquer, c'est pas un touriste).
    Bref, trois jours à ne RIEN faire au bord du lac, on ne peut pas franchement se baigner, l'eau est très froide. Et c'est très bien, d'autant plus qu'on retrouve Barbara, ma coloc allemande de Cordoba !!! On savait qu'elle était dans la zone, on lui avait envoyé un message mais bien sûr, le portable ne passait pas. Il y a une dizaine de campings au bord du lac, et on était dans le même ! Bref, on a dormi, on a discuté, on a cherché du bois et on a fait un asado (barbecue), on s'est balladées. L'endroit était tout tranquille, on pouvait boire l'eau du ruisseau, on a pris du maté au clair de lune, on s'est fait une copine : la petite fille du camping. Un bonheur, après ces quelques jours, on peut affronter des mois en ville dans les gaz d'échappement.
    Et puis, on a dû partir, on a dit au revoir à Barbara, qui, elle traversait la frontière pour le Chili. Et après des heures et des heures de trajet, on est revenues à Cordoba!!!
     
     
    January 28

    Retour en argentine !

     
     
    Bah, moi aussi, comme Jérémie, envie d’écrire quelque chose sur ce blog silencieux depuis trois semaines sans avoir énormément d’idée. Alors je ne vais pas me fouler, vous m’en excuserez, j’en suis sûre.
     
    Déjà, je suis rentrée en Argentine après trois semaines de vacances aveyronnaises et un passage express quai Lombard (à Toulouse pour les non sud-ouestiens). Mon retour s’est bien passé, ma foi. Je me creuse la cervelle, mais non, je ne crois pas avoir rien de passionnant à vous raconter , j’aurais pu me tromper de vol et atterir à Kuala Lumpur ou me faire arrêter pour trafic de drogues, mais rien de tout ça : avion parti à l’heure, arrivé à l’heure, hôtesses charmantes, plateaux repas relativement mangeables, bagages récupérés entiers... Je suis vraiment pas rock’n’roll comme fille.
    Un journée d’attente à Buenos aires dont la moitié passée à dormir dans le parc, et une nuit de bus avant d’arriver à Cordoba. Quelques jours sympathiques passés dans une Córdoba très tranquille où règne cette athmosphère particulière de grandes vacances (janvier ici, c’est l’équivalent de juillet) : rues désertes, chaleur étouffante, tout tourne au ralenti (même la Alameda est fermée !!!). Et puis, plus de Hélène (plus personne pour aller prendre des petits dèj à midi et demie à la Mandariña, ni pour m’adonner à la pratique intensive de la critique constructive en français...),plus de Anna, plus de Barbara, mais quelques communistes qui traînent. Alors au programme, énième manif à 50 personnes et festival de folklore.
     
    Et puis, mercredi, après une autre nuit dans le bus, j’ai rejoint à Mendoza la meilleure organisatrice de voyages de tous les temps et du monde entier, au moins. J’ai nommé Anna, l’alemanita ! C’est parti pour deux semaines sur la route avec elle, direction le sud, la magique Patagonie !
     
     
    December 13

    L'entorse du doigt de pied

     
    J'aurais pu me faire ça en dansant la salsa, à l'ultime répétition avant le show final mais avoir continué à danser malgré la douleur. J'aurais pu me faire ça en construisant une maison dans une villa-miseria pour une famille avec dix enfants donc le père est alcoolique et au chômage, la mère dépressive et malade. J'aurais pu faire ça pendant une manif pour dénoncer un ancien militaire ayant torturé des dizaines de personnes pendant la dictature, courant pour fuir les gaz lacrymo et les flashball de la police montée à cheval.
     
    Mais non. Je marchais dans la rue. Et j'avais un pantalon large. Et là, ce fut le drame, mon gros orteil droit se prit malencontreusement dans le bas de mon pantalon, impossible de garder l'équilibre, me voilà à plat ventre sur le trottoir. Et ça me fait mal, enfin pas suffisamment non plus pour que je m'arrête de marcher, ce qui n'a pas arrangé les choses. Ce qui devait arriver est arrivé : le soir même, mon extrémité blessée était toute enflée, impossible de poser le pied en question .
     
    Ceci dit, je suis d'un optimisme sans bornes, et ce petit incident a entraîné quelques expériences intéressantes : se faire déposer en taxi devant la Alameda, laisser Hélène aller me chercher tout ce dont j'ai besoin, et puis last but not least, visiter la clinique de l'université catholique. En effet, la clinique reine Fabiola est très jolie, en plus, on nous a distribué un papier au début de l'année nous disant qu'on (les étudiants étrangers) était systématiquement intégrés au système de santé de l'université et qu'au sein de cette clinique on n'avait à payer que 40% des frais. Sauf que. Quand j'arrive à cloche-pied au service de traumatologie et que j'explique que je suis étudiante d'intercambio, la secrétaire ouvre des yeux ronds. Après 2-3 coups de fil, elle est formelle : non, non, il faut que je paie tout. En gromellant intérieurement, je débourse donc 50 pesos pour la consultation et 20 pour la radio, ce qui est assez énorme comparé à ce que j'aurais payé à l'hôpital public qui, en plus, était à deux pas de chez moi.
     
    Bon, j'arrête de faire la française qui râle et je refais Pauline la fille qui voit les choses du bon côté. Déjà, la clinique, elle est très joliment décorée, d'un bon goût exquis, avec des rerpoductions de statues grecques et des natures mortes au mur. Et puis, aller dans une clinique privée m'aura épargné quelques heures de queue à l'hôpital public, pas négligeable non plus. J'ai enfin eu l'occasion de rencontrer un médecin qui voulait apprendre des insultes en français et d'entendre toute l'équipe de radiologie de la clinique répéter en choeur « fils de pioute-fils de pioute ». Vous voyez un peu les conséquences que ça de porter des pantalons de baba cool!
     
     
    December 07

    On a rompu le pacte

     
    Ça sentait la soirée foireuse. Pendant le cours de politique internationale, tout le monde s'agite avec des listes et des inscriptions. Avec Hélène, on comprend pas. Et puis, à la fin, on croise Malin, une allemande : « Vous venez à la fiesta de los ingresados ? Il faut s'inscrire maintenant ! ». Et elle nous tend une feuille avec trois noms gribouillés. Ah... Ben, euh, comment dire, je sais pas, euh, pourquoi pas, ah, ben, oui alors... Et voilà comment on s'est retrouvées à inscrire nos noms sur la liste en question.
    Après, on s'est un peu renseignées sur la soirée en question : en fait, une fête pour la fin des études des argentins de quatrième année de sciences po (à l'UCC, le cursus dure quatre ans), ça coûte cher : 31 pesos (c'est jamais que 8 euros). Bon, de toutes façons, maintenant, c'est trop tard, alors on paye et on va y aller. Et puis, ça sera l'occasion de revoir toute notre classe une dernière fois.
     
    Mais la date fatidique approchant, tout ça nous semble vraiment de plus en plus foireux : les filles de la classe s'agitent, j'entends parler de plans de table pour le resto, des familles qui viennent. L'après-midi précédent la fameuse soirée, Hannah nous dit que c'est un truc sacrément huppé, qu'il va falloir qu'on s'habille bien et tout. Et là, nous avions deux options : courir au patio Olmos nous acheter un robe, ou fouiller au fond de nos armoires pour trouver un truc qui fasse pas trop tapis. Vous devinez aisément ce que nous avons choisi : on a essayé de s'habiller du mieux possible, on s'est même un peu maquillées pour l'occasion. Mais malgré tous nos efforts, on faisait pas le poids.
     
    Arrivée au resto, on manque de s'étouffer. C'est même pas « un peu huppé », c'est le festival de Cannes ! Alejandra, l'étudiante qui a organisé la soirée est vêtue d'une robe longue rouge à paillettes, elle a dû passer un nombre d'heures non négligeable chez le coiffeur vu la complexité de son chignon, quand à l'épaisseur de sa couche de maquillage, elle non plus n'est pas négligeable. Un bon nombre de nanas sont déguisées de manière comparable, quant aux gars, ils sont en costard-cravate. Heureusement, Daniel nous sauve la vie : il est en jean. On va s'asseoir à notre table, avec les autres intercambio, qui, dans la grande majorité, se sont aussi mis sur leur 31. Des allemands, pour la plupart. Vous savez le bien que je pense des allemands, mais là, pour le coup, ils beaucoup parlé germanique, et ça n'a pas aidé à l'inclusion de tous dans la conversation.
    Tant pis, ça nous a donné une excuse avec Hélène pour parler français, et on a trouvé à s'occuper : on a procédé au classement des robes les plus moches de la soirée, on s'est récité des poèmes de Baudelaire. On a trouvé un ver particulièrement adapté à la situation :
    « Dans la ménagerie infâme de nos vices
    il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde
    bien qu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris
    il ferait volontiers de la terre un débris
    et dans un baillement avalerait le monde
    c'est l'ennui. »
     
    Ceci dit, le service valait le détour : les serveurs en costumes nous ont fait une petite chorégraphie sur une musique techno assez dégueulasse, avec du feu sur les plateaux. Le tout pour un repas assez décevant au final. Après, on a cherché de quelle manière on pourrait s'échapper de suite après le repas sans que ça se voit trop. Et puis, un moment d'effervescence collective, tout le monde est parti trémousser son derrière sur la piste de danse. Avec Hélène, on s'est dit : « c'est le moment, on s'en va ! ».
     
    Et puis, comme souvent, ce sont les argentins qui nous ont sauvé la vie. On a aperçu Hernan, il a eu pitié de nous et nous a invité à s'asseoir à sa table avec ses amis. Et là, c'est le drame : nous avons réussi à nous amuser dans une soirée huppée au possible. Mon Dieu !! Les amis d'Hernan étaient adorables comme tout, on s'est même retrouvées à danser. Si, si. Du cuarteto, un truc très typique de Cordoba, une sorte de musique très rythmée et festive. Et on peut danser sans trop de problème, suffit de tourner un peu dans tous les sens.
    Et puis, le temps est passé sans qu'on s'en aperçoive : on a eu droit à un asado à 4 heures du matin (bah, pas si éloigné de la tradition des tripoux à la fin du bal de St Amans), et puis le soleil s'est levé. On s'est dit oh quand même, on n'est pas raisonnable, Hélène a cours à 9 heures, alors on est reparties avec une invitation à Mina Clavero, le bled d'où vient Hernan...
    December 03

    Hospitality Buenos Aires (3)

     
    Samedi 25 novembre : journée nature
     
    Nous partons en excursion organisée par Nacho à Tigre, un petit bled près de Buenos aires. Rendez-vous à la gare, une heure de trajet ponctuée de cris des petits vendeurs de gadgets en tous genres : feutres, lampes, housses de portables etc...
    Arrivés à Tigre, nous devons attendre Maria (une des hôtesses malaisiennes) qui, elle non plus n'est pas ponctuelle et arrive avec trois bon quarts d'heure de retard. Puis, on doit rejoindre des amis de Nacho qu'il a aussi connus par hospitality club sur une île pour faire un asado.
     
    Que je vous explique. Tigre, c'est très touristique parce que c'est le village qui est au confluent du Rio Parana et du Rio de la Plata. Du coup, ça donne une sorte de grand lac parsemé de petites îles. Et on doit aller sur une de ces îles où une amie d'une amie de Nacho a une maison. (oui, c'est un peu compliqué à suivre, hospitality club.) Du coup, on va acheter la viande pour midi, et on prend le bateau-bus pour l'île en question. C'est assez marrant : le bateau comme un bus, fait des arrêts à toutes les îles.
    On arrive à notre destination. C'est joli, vert, y a une plage, une forêt, des maisons (surtout des résidences secondaires) et plein de vert... Le bonheur... On est les premiers arrivés, pas l'ombre du proprio à l'horizon alors on s'asseoit au bord de l'eau discuter.
     
    Puis des gens commencent à arriver, tous d'hospitality club, que Nacho connaît un peu sans plus (il a dû les voir 2-3 fois, c'est ça hospitality club!). Puis, enfin arrivent Ruth qui a les clefs de la baraque (en fait, c'est une amie de la proprio) et son copain Martin. Au final, on sera une quinzaine, des argentins, une japonaise, un états-unien, un autre allemand. Tous très dans le genre hospitality club, un peu alter, voyageurs itou itou. Martin est informaticien et bosse sur un programme alternatif à Microsoft, la japonaise bosse dans le domaine des droits d'auteur, l'états-unien paraît totalement à l'ouest. Il devait rencontrer des gens et aller à un asado sur une île mais il n'est pas sûr que les gens avec qui il est arrivé soient ceux qu'il cherchait.
     
    Bref, très compliqué, mais ça n'a l'air d'embêter personne. Ils sont tous très gentils, mais le problème des gens d'hopitality club, c'est qu'ils sont très sociables. Et à force trop de sociabilité tue la sociabilité. Alors avec Hélène, on fait les ermites dans le bois une demi-heure sous prétexte d'aller faire pipi, par la même occasion on se fait bouffer par les moustiques. Quand on revient, on est plus disposées à parler aux gens.
    Et au final, on a passé une après-midi très agréable. On est repartis en fin d'aprem.
     
    Retour à Buenos aires, avec Hélène, nous déménageons. En fait, on a notre dernier exam 3 jours plus tard, et on aimerait bien avoir un endroit calme pour bosser. On a pas envie non plus d'envahir Juan, alors on a prévu de se prendre une chambre dans une auberge de jeunesse. Mais dans la journée, on en a parlé à Maria, l'hôtesse de l'air malaisienne, qui nous a proposé de venir dormir à son hôtel, rappelez-vous, le 4 étoiles sur l'avenue 9 de julio. Après s'être assurées et re-assurées que ça ne posera pas de problème à Maria avec la compagnie d'avion et tout, on a fini par accepter. Nous nous apprêtons donc à passer une nuit dans un des hôtels les plus luxueux de Buenos aires gratis!
    On la rejoint donc, on va manger un bout. Nous traduisons le menu à Dyanna et Maria de l'espagnol en anglais, les langues se mélangent, les serveurs nous prennent un peu pour des barges.
     Puis, on rentre à l'hôtel. Il n'y a qu'un lit dans la chambre de Maria, mais vu la taille de la couche en question, ça n'est pas un problème, on y rentre à trois sans aucun souci, et on y dort même très bien !
     
     
    Dimanche 26 novembre : journée bourgeoise.
     
    Réveil au panaméricano. Nous partons avec Hélène acheter nos billets de retour à Cordoba pour le soir même. On revient à pied en flânant dans les boutiques (ouvertes le dimanche bien sûr...). Maria nous a dit qu'on pouvait sans problème bosser à la piscine de l'hôtel, que c'était très calme et qu'on pouvait y rester tant qu'on voulait.
     
     Nous prenons donc l'ascenceur pour le 23è étage où se situent la piscine et le centre de remise en forme. Et ça vaut le détour : une piscine toute bleue avec vue panoramique sur Buenos aires, au loin, on aperçoit l'océan, le sofa dans lequel on s'affale est confortable comme c'est pas permis. Vu qu'on n'a rien payé depuis hier, on s'accorde une petite fantaisie au bar : un jus de fruit à 10 pesos, plus du double de ce qu'on paie en temps normal. Et comme vous pouvez aisément vous l'imaginer, nous n'avons pas été d'une efficacité débordante dans l'avancée de nos révisions. Et c'est un doux euphémisme.
    Après deux heures de dur labeur donc, nous nous accordons une pause, et je décide d'aller faire un plouf dans la piscine. Mais au moment au je mets mon pieds dans l'eau, une voix se fait entendre derrière moi. « Excusez-moi, vous êtes de l'hôtel ? ». Je me retourne. Un monsieur aux gros bras et au T-shirt noir me dévisage d'un air sévère. « Euh, ben, c'est-à-dire, je rends visite à une amie... ». « Mais vous êtes pas de l'hôtel ? ». « Ben, non... » « Alors, vous n'avez pas le droit d'accéder à la piscine, les invités n'y sont pas admis ». Bon... je vais me rhabiller et reprendre ma place dans le sofa, pour tuer le temps, nous nous livrons à une observation sociologique minutieuse des clients de l'hôtel.
     
    En fin d'après-midi, nous quittons les lieux. Dyanna et Maria s'en vont, elles s'envolent maintenant pour l'Afrique du sud, on leur dit au revoir, c'est tout triste. Puis, avec Anna et Julia, on s'en va faire un tour à la feria artisanale de Recoletta. C'est plein de petits stands tout jolis.
    Et puis, on y a rencontrés Mariano. Que je vous explique. On s'était donné rendez-vous à 19 heures devant l'église. On se dirige donc vers l'établissement religieux sus-nommé avec Anna à l'heure dite, quand tout à coup, un étrange individu attire notre attention : un type déguisé en clown s'agite dans tous les sens en hurlant un truc incompréhensible, il semble qu'il veuille rentrer en communication avec nous. Je ne saisis pas tout de suite le pourquoi du comment, Anna, elle, éclate de rire. Puis j'aperçois Hélène, tout près du clown, toute rouge et elle aussi morte de rire. Anna réussit à articuler : « il parle allemand !! ». On finit par rejoindre Hélène et notre nouvel ami. Ce dernier gagne un peu de sous en faisant le clown dans la rue, à Buenos aires, mais aussi en allemagne où il a vécu quelques temps. Hélène nous attendait tranquillement à côté de lui quand il a commencé à lui demander ce qu'elle faisait, d'où elle venait et tout ça. Il a commencé à s'indigner du fait qu'on la faisait attendre, c'est pour ça que quand on est arrivées, il nous a engueulées : « ah ben vous êtes là, c'est pas trop tôt ! Venez là, vite !! ça se fait pas de faire attendre la demoiselle!! » (le tout en allemand si vous avez bien suivi l'histoire...). Sur ces entrefaites, Julia est arrivée, elle a échangé quelques mots avec Mariano en allemand, et puis lui s'est mis à genou, et on cru comprendre qu'il l'a demandé en mariage. Tant qu'à faire. Bon, il a pas insisté, il nous a donné son mail et on lui a dit au revoir. On a avancé quelques pas, et puis Mariano est revenu en courant, avec une fleur faite en ballon à la main, il l'a offerte à Julia et puis il est reparti en faisant mine de voler. Anna nous a regardées : « on l'invite à manger ? ». Alors ça a été à notre tour de lui courir après : « tu veux venir manger avec nous ? ». Il a eu l'air désolé, « non, il y a des amis qui m'attendent pour aller manger », on s'est dit au revoir pour de bon, et on a été manger une pizza.
     
    Puis, avec Hélène, on est parties pour la station de bus (Julia et Anna ne rentrent que demain et font un escale à Rosario). Encore un chauffeur de taxi sympa, même si on comprend pas tout ce qu'il raconte. L'argentine, c'est comme un « novio dejado ». Ahhh... On a hoché la tête et on a souri.
    Puis, on a passé un dizaine d'heures dans le bus, arrivée à Cordoba sous la pluie, au petit matin, avec la bizarre impression d'être partie depuis des siècles...
    November 29

    Hospitality Buenos Aires (2)

     
     
    Jeudi 23 novembre : journée militante
     
    On se lève, c’est un bon début. On rejoint Anna et Julia, on prend un taxi direction le quartier El almagro. On a rendez-vous pour visiter une fabrique récupérée. Que je vous explique. Les fabriques récupérées, c’est des entreprises qui sont entièrement gérées par les employés sans hiérarchie. La plupart du temps, ce sont les salariés qui en ont pris le contrôle pour empêcher qu’elles ferment.
     
    Cette visite, c’est encore un hospitality plan d’Anna, on doit rencontrer Cristina, une amie d’une membre d’hospitality club. Aucune idée de qui peut bien être cette fameuse Cristina, on demande, on nous fait monter. En fait, on ne visitera pas l'usine -une entreprise d'emballages en aluminium- mais on atterira dans une salle de classe depuis laquelle on peut entendre le bruit des machines. Parce qu'il y a une école rattachée à l'entreprise, qui propose une formation pour un « bachilerato » pour les adultes. Cette formation est totalement gratuite, à l'origine, elle était destinée aux employés de la boîte, finalement y viennent les gens qui veulent et qui n'ont pas les moyens de payer une autre formation.
    On apprend que la Cristina que l'on doit rencontrer est élève dans ce cours de troisième année, mais en attendant qu'elle arrive, on discute avec les profs, qu'on avait pris à l'origine pour des élèves, et pour cause. Les trois profs de ce cours d'initiation à la biologie et aux problèmes sanitaires sont des étudiants de médecine qui font ça bénévolement. Ils sont adorables et nous invitent à rester à la classe, en nous précisant que si on ne comprend pas quelque chose ou si on veut qu'ils parlent plus doucement, qu'on n'hésite pas à le leur demander. C'est un cours sur le système de santé argentin avec une réflexion très politique sur la meilleure manière de fournir un service de santé équitable. On apprend plein de choses, et à la fin, on explique en quoi consiste le système de santé français et allemand. Cristina est arrivée pendant le cours, un fois terminé, on discute avec elle et on prend un maté.
     
    Puis, tout le monde sort, direction une manif en faveur des entreprises récupérées. On prend le métro gratuitement pour l'occasion. Et on poireaute sur la place du congrès, ici, encore moins qu'en france, les manifs ne commencent jamais à l'heure. En attendant, on discute.
    On rencontre les employés d'une autre entreprise récupérée de la province de Buenos Aires, des hommes d'une soixantaine d'année. Je crois voir un documentaire : ils me racontent qu'au moment de la fermeture de l'usine, pendant la crise, c'est à peu près la misère, ils n'ont rien. Et là, ils s'organisent pour occuper l'usine, commencent à la gérer, et maintenant, l'entreprise marche bien. Ils nous invitent à venir la visiter, et l'un d'entre eux nous dit, que si on a envie, on pourra même aller chez lui. Et là, on râle, tant de choses géniales qu'on n'aura pas le temps de faire!!
    Hélène, de son côté, a, en reculant, malencontreusement marché sur les pieds d'un gars. Elle est restée une demi-heure à parler avec lui, un ancien prisonnier politique. Il était proche des Montoneros (une guérilla péroniste de gauche autant que je me souvienne) et a fait 10 ans de taule sous la dictature. Tant qu'à faire. Anna récupère le mail d'un militant trotskyste.
    Quant à moi, je me mets à parler avec deux hôtesses de l'air malaisiennes qui viennent d'arriver avec Nacho. Elles m'expliquent : elles voyagent beaucoup, et restent souvent quelques jours dans une ville, et pour rencontrer des gens et découvrir les pays où elles font escale, elles utilisent Hospitality club. C'est comme ça qu'elles ont rencontré Nacho.
     
    La manif part enfin. C'est quelque chose, une manif à Buenos aires. Il y a énormément de monde, j'ai pas exactement compris pour quoi était la manif : à la base pour les entreprises récupérées mais il y a des gens avec des pancartes qui traitent de totalement autre chose. Bof, pas très grave, les gens sont motivés et ont l'air contents. On finit place de mai.
    Avec Hélène,on est nazes, on s'éclipse.C'est génial tout ça, mais trop de sociabilité tue la sociabilité. Et puis, c'est crevant de jongler entre toutes ces langues (Julia et les malaisiennes ne parlent qu'anglais). On va se poser dans un petit resto manger un calzone.
     
    Puis on rejoint Anna et Julia chez Nacho qui dîne avec Stella, une autre membre d'Hospitality, l'amie de Cristina grâce à qui on a visité l'entre prise récupérée, je sais pas si vous suivez. La Stella en question est quelqu'un de très intéressant. Un femme d'une quarantaine d'année, psy, elle travaille dans un hôpital psychiatrique et au centre social de la Boca, un quartier pauvre de Buenos aires, qu'elle nous invite à visiter. On parle aussi pas mal avec Nacho, un gars tout calme et vraiment adorable. Il part au mois de février pour un an faire le tour de l'europe en vélo, pourrit des pubs dans le métro et en a fait un site web (j'essaierai de vous récupérer l'adresse), et reçoit plein de gens d'Hospitality club. On discute un moment de l'éphémérité des rencontres d'hospitality club, tous ces voyageurs qu'il rencontre, avec qui il passe des bons moments et qui s'en vont... Il nous met de la musique, un truc français ! Jamait : je vous le recommande, l'album s'appelle « de verres en vers ». C'est une fille d'hospitality club qui le lui avait offert, et j'adore. Donc, je vous fait le tableau : une française (moi) en voyage à buenos aires un groupe français que l'argentin (Nacho) a connu par une polonaise qui avait vécu en belgique. Encoredu surréalisme !
     
     
    Vendredi 24 novembre : journée touristico-touristique
     
    Nous retrouvons Maria et Dyanna, les deux hôtesses de l'air malaisiennes à leur hôtel, le Panaméricano, un quatre étoiles sur l'avenue 9 de julio, juste en face de l'obélisque. Tant qu'à faire. On aura le temps de profiter comme il faut du hall du panaméricano, au sol tout de marbre constitué car Julia et Anna arriveront avec presque une heure de retard (donc, abandonnez les clichés, non, les allemands ne sont pas ponctuels!). Et là, j'ai eu une envie pressante, une idée fabuleuse, car les toilettes du panaméricano, ils mériteraient de figurer dans le routard. Un grand lavabo blanc d'une propreté impeccable bien sûr, des robinets argentés imitation antiquité, et au mur, une grande toile de soie sous verre, un papier toilette tout doux, ça laisse rêveur. On réussit quand même à quitter ces forts agréables latrines, pour aller prendre le bus direction la Boca.
     
    La Boca, comme je l'ai déjà dit, c'est un quartier pauvre de Buenos aires, au bord du port. Mais il y a quelques rues très très touristiques, celles du Caminito. Peut être que vous avez en tête ces images de maisons peintes de toutes les couleurs, ben, c'est là. C'est en effet très joli, si ce n'étaient pas les distributeurs de tracts qui te harponnent toutes les cinq minutes pour te vanter les mérites de tel ou tel resto, les stands proposant boules à neige de buenos aires, figurines de danseurs de tango en plastique et autres gadgets d'un bon goût absolu. Des cars déversent régulièrement un flot de touristes allemands, états-uniens armés de leurs appareils photos, qui passent une heure à admirer les murs peinturlurés, puis s'en vont.
    En fait, comme dit Hélène, le Caminito, c'est très union soviétique, quelques rues fort jolies et qui en rajoutent dans le typique (les danseurs de tango dans la rue), mais tout ça qui cache une misère assez impressionnante. Le routard déconseille formellement de se promener dans le quartier, et si on s'aventure un peu plus loin que les maisons colorées, le contraste est saisissant. Nous trouvons une petite épicerie à deux ou trois cuadras du caminito pour acheter de quoi pique-niquer, les deux gérants, un couple, semblent tout paniqués de nous servir, ils sont apparemment pas habitués à voir des étrangers. Et on est à deux pas du coin le plus touristique de Buenos aires ! Donc, ce jour là, on fera les touristes, on prendra des photos on achètera des gadgets inutiles.
     
    Puis direction San Telmo. Un quartier un peu bobo, le coin de antiquaires. On se pose sur un café de la place la plus connue, un couple danse du tango, On mange des profiteroles (si, si!) copieusement arrosées d'une crème au dulce de leche et j'apprend quelques mots de malaisien. Je me décrouve des facilités naturelles pour cette langue : Maria et Dyanna me disent que je prnonce très bien, comme elles! En fait, c'est tout simple, ça se lit exactement comme ça s'écrit.
    On va flâner un peu dans les rues, chiner dans un marché d'antiquités à la recherche d'une perle rare qu'on ne trouvera pas. Puis on rejoint le centre ville, il est 18h, l'heure de pointe, des voitures et du bruit de partout, il faut toujours jongler entre l'anglais et l'espagnol. J'en ai marre, L'AVEYRON ME MANQUE !!! On s'arrête un peu au paséo de la résistance, une petite féria artisanale. On va boire un café avant de se séparer.
    Hélène et moi, on prend la direction de l'appart de Juan, on s'arrête manger dans une petite cafèt'. Le serveur est tout gentil, il nous invite à sortir avec lui danser la salsa. Vu otre état de fatigue, on décline gentiment son invitation et on rentre dormir.
    November 27

    Hospitality Buenos aires (1)

     
    Le semestre se terminant, me voilà repartie sur la route. Une petite semaine pour découvrir LA capitale, Buenos aires. Départ donc lundi 20 novembre au soir. Pour l’occasion, Hannah et Barbara, mes colocs allemandes cuisinent, une spécialité de leur contrée, un truc imprononçable mais délicieux (un de ces quatre, il faudra que je pense à faire une rubrique cuisine allemande sur ce blog...). On dîne sur la terrasse (et oui, ici, c’est le printemps...), et on part pour la station de bus a 23h.
     
     
    Mardi 21 novembre
    Nuit dans le bus, je suis reveillée par le soleil levant sur la Pampa, en fait, une grande plaine verte à perte de vue. On arrive à Buenos aires vers huit heures et demie, c’est impressionnant, au bord de la station de bus, en plein centre ville, il y a une “villa miseria”, un bidonville à l’argentine que la municipalité n’a pas encore réussi à virer à l’exterieur de la ville comme ça se fait d’habitude. La gare de bus, Retiro, est immense, c’est une ville dans la ville, il y a tout : restos, bars, boutiques, coiffeurs etc...
    On va récuperer Julia à la descente du bus qui vient de l’aéroport. Julia, c’est une amie d’enfance d’Anna, qui vient passer ses deux mois de vacances d’hiver en Argentine.
     
    Le souci, c’est que Julia apprend l’espagnol depuis trois semaines, un peu dur donc de communiquer mais elle veut apprendre. Alors, elle essaie de faire des phrases en castechano, mais vu qu’elle a fait du français pendant pas mal d’années, y a des mots français qui viennent spontanément au milieu de quelques mots espagnols. Pour que ce soit plus simple, Anna lui traduira ce qu’on dit en Allemand, et puis bien vite on se mettra à parler en anglais pour pouvoir avoir une conversation un peu suivie. Seulement, l’anglais après 4 mois d’espagnol, c’est dur, tres dur. Il est parti, on sait pas où, l'espagnol vient spontanément. Bref, tout ça donne un mélange assez amusant.
     
    Enfin, pour en revenir à notre mardi : on s’est posées un peu dans un parc tout joli, et puis on a marché vers le centre ville en empruntant la zone piétonne. C’est moche, ca ressemble a toutes les autres villes qu’on a vues, rien de typique, et c’est rempli de monde. On visite quand meme le patio olmos local, encore un bâtiment superbe transformé en temple de la consommation. Anna demande à deux mamies de prendre une photo de toutes les 4. Les gentilles dames prennent leur tâche très au serieux et ne veulent plus s’arrêter : on n’aura pas une photo mais dix, elles jouent aux photographes professionnelles : “mais, si mettez vous-la ! Tu peux monter sur la marche, rapprochez vous, souriez !”. C’est tres drôle.
    On a visité quelques boutiques pour touristes hors de prix, vu la mythique place de Mai, et on s'est dirigées vers Puerto Madero pour manger. Mauvaise idée. Puerto Madero, comme son nom l'indique, c'est au bord de la mer et c'est le quartier branché qui monte. Avec que des restos chics très chers, donc on s'est contentées d'un sandwich pas bon mais cher quand même dans l'unique kiosco qui existait. Au milieu de cet océan de richesse, on est passé devant un comedor comunitario, un genre de resto du coeur surmonté d'une pancarte qui disait : “Nous refusons que les chiens des riches mangent mieux que les enfants des pauvres”. Le contraste était sacrément frappant avec les alentours.
     
    Puis retour à la station de bus pour retrouver Juan, le gars d'hospitality club qui doit nous héberger. On prend le taxi, et, la spécialité d'Anna, c'est de parler politique avec les chauffeurs. Elle ne rate jamais une occasion de leur demander ce qu'ils pensent de Menem, Kirshner et compagnie. Et ça a été très intéressant de discuter avec ce chauffeur, qui nous dit : “On a été capables de sortir manifester avec des casseroles pour récupérer nos sous (en 2001 pendant la crise, quand tous les retraits d'argent avaient été bloqués), mais ce pays sera convenable quand on sera capable de le faire pour dénoncer le fait que des enfants meurent de faim.” Et il nous parle de sa vie : ses études de socio et de sciences po, le séminaire qu'il a fait au brésil au moment de la dictature parce que c'était trop dangereux en argentine... Et puis on est arrivés au terminal de bus, alors on a dû abréger.
     
    Un peu de pub pour Hospitality en passant, j'en ai déjà parlé mais de la pédagogie toujours... C'est un réseau international qui permet aux membres de se rencontrer,de se loger etc... Donc Anna est membre, elle a accès aux profils des autres membres, elle a donc pris contact par mail avec des membres de Buenos aires, dont deux qui ont accepté de nous loger. Si ça vous intéresse : http://francais.hospitalityclub.org/indexfra.htm
    C'est ainsi que nous rencontrons Juan, chez qui nous allons loger avec Hélène.
     
    Juan, c'est, comment dire, le porteño type. Ça me donne l'occasion de vous parler d'un point de la culture argentine : la concurrence entre la capitale et le reste du pays. En fait, Buenos aires et l'intérieur, c'est à bien des égards comparables à Paris et la province. Et Cordoba, c'est un peu Toulouse, qui résiste à cette domination. Les cordobeses en général en nous ont pas vanté l'esprit des porteños (les habitants de Buenos aires) : ils les trouvent arrogants. Et on a retrouvé beaucoup de l'attitude du parisien chez le Porteño : Juan ne comprend pas comment on a pu préférer aller à Cordoba plutôt qu'à Buenos Aires, il nous demande si on en s'y ennuie pas trop (alors que Cordoba, c'est quand même 3 millions d'habitants !!). Un chauffeur de taxi nous dit : “les gens de l'intérieur sont vraiment différents, ils sont beaucoup plus sains”.
    Donc, nous atterrissons chez Juan, à Palermo, un quartier chic. Son appartement est pour le moins très agréable : un duplex avec une grande terrasse, cuisine américaine, télé à écran plat et tout ce qu'il faut. On se pose un pu discuter, et le soir, il nous emmène manger dans un petit resto très sympa, où l'on rejoint Anna, Julia et Nacho, l'hospitality membre qui les héberge.
     
     
    Mercredi 22 novembre
    On se lève tard, Juan est déjà parti bosser (il est informaticien chez Microsoft), mais il nous a laissé les clés avec consigne de faire comme chez nous. On retrouve Anna et Julia et on part visiter Palermo à pied. Il y a toute une zone résidentielle très jolie, pavée, avec des arbres et des vieilles maissons très jolies. Juan nous a indiqué les zones à voir, et avec le Routard et le lonely planet en main, on visite Palermo viejo, le coin très branché, avec restos et boîtes très chics à la pelle. Julia et Anna s'attardent dans un quartier à acheter des fringues. Avec Hélène, on se dirige vers le parc en passant par des petites places très bohêmes, avec plein de vendeurs qui se sont installés. Quand je dis, bohême, il faut quand même y rajouter “bourgeois”, c'est très chicos. Un vendeur essaie de refiler un collier tout simple à Hélène pour 50 pesos (15 euros quand même).
     
    Puis on se retrouve avec Anna et Julia dans un des nombreux et très jolis parcs de Palermo pour pique-niquer, on fait goûter les alfajores à Julia. On discute, on se fait un plan pour la semaine (Anna est allemande quand même, il lui faut ça!). Puis Wir gehen aufs Klor (oui, je vous avais pas dit, j'apprends l'allemand!!si il y a des germanophones dans mes lecteurs, vous m'excusez pour les fautes!).
    On marche vers la place de mai, en passant par Recoletta, un autre quartier très chic, mais moins mignon que Palermo, avec quelques immeubles immenses. Recoletta est surtout connu pour son cimetière où sont enterrées des célébrités, notamment Eva Peron.
     
    Place de mai, il y a un concert que nous ont recommandé Juan et Nacho. Aujourd'hui, c'est la fête de la musique. Et c'est un groupe très sympa, du folklore du nord renouvelé. Pour finir le concert, il chante la chanson du Che, reprise en coeur par tout le monde (aquí se queda la clara, la intreñable transparencia de tu querida presencia, commandante Che Guevara... où l'on s'aperçoit que les cours de Mme Goloboff ont servi à quelque chose... bon, j'avoue que je suis moins au point sur les couplets). Hélène est toute euphorique de chanter ça place de mai quand même!!
     
    On retrouve Nacho qui nous propose d'aller écouter du tango. Il nous emmène dans un petit bar très sympa, qui fête ses 100 ans cette année, avec plein de vieilles bouteilles poussiéreuses aux murs. Il y a une petite télé qui diffuse un concert de Portishead, je savais pas que Beth Gibbons avait cette tête. En fait, c'est très bizarre d'entendre ici une musique que j'ai si souvent écouté “allá” (là-bas). A ce moment précis de l'histoire, une question cruciale se pose : “Va-t-on prendre de la bière ou du vin ?”. Ben, c'est la France qui a gagné contre l'allemagne ! On a écouté la chanteuse de tango. Je sais pas quelle image vous avez du tango, mais moi j'imaginais ça avec bandoneon, violon et compagnie, en fait, ça peut se jouer aussi rien qu'avec une guitare. Et ça en est très joli : ce soir là, il y avait un guitariste et une chanteuse, c'était même beau. Et moi, le tango, ça me fait penser. Et le vin, ça me fait rigoler. Heureusement, je n'ai pas rigolé toute seule. Hélène m'a suivie, et après deux verres, nous avons beaucoup rigolé, parlé avec un gars du bar qui nous en a resservi un troisième, et avec qui on a trinqué à Toulouse. Puis, on a arrêté le vin, et on est rentrés. Et on s'est perdues. On a cherché un bon moment le numéro 1830, on l'a pas trouvé pour la bonne raison qu'il n'existait pas et que Juan habitait au numéro 1380. On a fini par retrouver l'immeuble en question, on a regardé un peu le foot à la télé avec Juan et on a dormi.
    November 16

    Le pacte

     
    Un jeudi soir à Cordoba. Au programme : la présentation d'un livre. Pas la moindre petite idée de ce que bien être le livre en question, mais l'invitation provient de Luli donc nous allons certainement nous retrouver avec le reste du parti communiste face à un vénézuelien ou un cubain qui nous contera les bienfaits de la révolution bolivarienne ou castriste, au choix.
    En fait, pas du tout. Nous atterissons dans une maison aux murs peints de manière étrange : des corps nus, des ronds bleus ; l'auteure du livre est habillée de manière un peu extravagante ; quant au livre, c'est assez... original. On tombe sur une page au hasard qui raconte en gros qu'on parle toujours de la Soah mais jamais du génocide des carottes dans le jardin. Ah... En plus, pas de Luli, à l'horizon. Petit coup de fil : elle ne vient pas pour l'instant, alors pour changer, on marche quelques cuadras en direction de la Alameda, LE bar sympa.
     
    Et sur le chemin, changement de décor : nous nous retrouvons face au « café bursatil » (café de la Bourse) qui crache une musique électronique assez dangereuse pour les oreilles. Après l'excursion d'une quinzaine de minutes dans le monde des artistes contemporains cordobeses, nous voilà chez les managers friqués. Le choc est rude.
    A ce qu'on comprend, il s'agit de la présentation d'un produit ou d'un projet d'une entreprise, sans doute une voiture vu que le café est situé au dessus d'un parking tout illuminé auquel on peut accéder en suivant le tapis rouge. Tant qu'à faire... Devant le café, s'agitent un bon nombre de personnes : les jeunes femmes sont magnifiques dans leurs tenues de soirée. Des robes ajustées, voire très ajustées, des pantalons moulants (blancs de préférence), des jupes fendues, sans oublier l'étole sur les épaules, les cheveux d'un blond pas forcément très naturel, sans oublier l'indispensable : les talons aiguilles. La plupart du temps, les ravissants escarpins se terminent en pointe, mais ils peuvent être aussi lacés. Quant à la couleur, on les préfèrera argentés ou dorés, la grande classe quoi !
    Les hommes aux côtés de ces ravissantes personnes sont eux en costard, mais les plus relaxés adoptent, eux, le polo Lacoste, saumon, encore de la classe. Entre tout ce joli monde se faufilent les serveurs avec leurs costumes presque aussi classe et leurs plateaux de la même couleur de les talons des invitées.
     Mais la plus grande partie des convives se trouve à l'intérieur du bar, bar au décor super design, épuré, c'est-à-dire tout blanc seulement agrémenté de néons bleus. Mais toute la subtilité de l'architecture réside dans les grandes baies vitrées qui permettent aux passants d'admirer le beauté du lieu et des gens qui s'y trouvent. Ben oui, à quoi ça sert d'être super classe si personne ne le voit ?
     
     Effectivement, il y a pas mal de gens qui profitent du spectacle et notamment deux jeunes paumées avec leurs sacs bariolés et leurs pantalons difformes. Elles vont rester un bon moment sur le trottoir d'en face puis se décideront à traverser pour s'immiscer dans la foule des jeunes et moins jeunes branchés. A ce moment précis de l'histoire, les deux jeunes paumées se félicitent d'être françaises et de pouvoir disserter sans complexe sur le mauvais goût absolu du sac doré de la dame qui se trouve à deux mètres d'elles. C'est aussi à ce moment-là aussi qu'elles expérimentent la sensation d'être transparentes, puisqu'elles n'attirent l'attention d'aucun des convives, et que les plateaux de petits fours les contournent soigneusement.
    Et là, les deux paumées font un pacte : non, jamais elles ne ressembleront à ces gens qui les entourent, dans 10 ans, dans 20 ans, dans 50 ans. Et elles s'octroient le droit mutuel, enfin non, le devoir même, d'empêcher l'autre par tous les moyens de devenir cette horreur absolue. Il s'agirait alors dans un premier temps de frapper la personne qui prend le mauvais chemin pour la faire réagir, et si cela ne fonctionnait pas, de la tuer carrément. Un peu violent, j'en conviens. Mais avec Hélène, si on ne sait pas ce qu'on va devenir, au moins on a une idée de ce qu'on ne veut PAS être, c'est déjà un bon début, non ?
     
    November 14

    MCM, mobilité à choix multiple

     
     
    Dans cet article, je me permet un petit « emprunt » : la typologie de l'étudiant en mobilité élaborée par Kiyomi que je trouve très pertinente et qui plus est très drôle (tout comme le reste de son blog que je vous recommande chaudement d'ailleurs). Je l'ai donc adapté à mon cas, et par la même occasion attrapé le syndrome Kiyomi-Alain Delon : la troisième personne, une fois n'est pas coutume !
     
     
    "Ahhh, l'angoisse de la mobilité!! Ce noeud dans l'estomac pré/post rendez vous rue d'Astorg, vous vous souvenez?
    Il y a tout juste un an, Claire C**** affirmait à Pauline qu'il ne fallait pas travailler dans une ONG comme on faisait un caprice. Et voulait absolument l'envoyer en stage à Pigüe (bourgade de la Pampa fondée il y a un siècle et demi par des immigrants français originaires de l'aveyron). Raison invoquée : Pauline vient de ce même magnifique département et qui plus est, sa mère est née tout près de Saint Côme. Et une aveyronnaise en argentine, ça ne peut pas aller autre part quà Pigüe, c'est logique. Ça sert à quoi d'être aveyronnaise si on ne va pas « transmettre ses racines » (sic) à l'autre bout du monde ?
     
     Quelques semaines auparavant, l'IEP avait déconseillé à Pauline de s'inscrire à l'université de Mendoza dont l'efficacité administrative était déplorable (il fallait payer les secrétaires pour obtenir son relevé de note). Alors Pauline s'était rabattue sur son second choix, l'université catholique de Cordoba.
     
    Beaucoup d'IEPiens peuvent raconter des histoires encore plus ubuesques que ça, une étudiante s'était entendue dire qu'elle devait effectuer son stage à la cour des comptes parce qu'elle était protestante. Des semaines d'angoisse et de remue-méninges... Et puis finalement, les dossiers se sont remplis. Pauline pensait avoir fait un choix, à quelques centaines des délires administratifs mendocinos et de Pigüe (et tant pis pour les racines).
     
    Pourtant, quand on monte dans l'avion, rien n'est encore décidé. L'essentiel se construit au jour le jour. La mobilité n'est pas une route toute tracée, seulement une porte ouverte sur l'inconnu. Et derière la porte, plusieurs chemins sont possibles. (merci Kiyomi pour cette métaphore très jolie). Observons quelques choix idéaux-typiques de l'estudiantus intercambius.  
     
     
    Option 1: L'auberge espagnole.
     
    Fernet y boliche tous les soirs. On est jeune, on est cool, l'alcool n'est pas cher et on fait la fête. En somme, la représentation "classique" de l'étudiant en mobilité.
    Avantage : avoir un point de chute dans un grand nombre de pays d'europe à la fin du séjour, ainsi qu'aux Etats-Unis et au mexique. L'option 1 permet en outre d'améliorer son anglais, puisqu'ici un grand nombre d'étudiants l'ayant souscris sont Etats-Uniens, et que l'Etats-unien de base considère que tout le monde parle sa langue et n'hésite pas à l'imposer aux autres étudiants pourtant non inglés-hablantes.   Inconvénients : Risque important de s'enfermer dans le ghetto doré de l'intercambio et de ne pas rencontrer un seul argentin. Certains étudiants n'hésitent pas à sortir leur ordinateur portable dernier modèle en cours alors que le professeur qu'ils ont en face d'eux n'aura sans doute jamais les moyens de s'en offrir un. D'autres prennent le taxi pour éviter de marcher les 15 minutes qui les séparent de l'université.
     
     
     
    Option 2: Globe Trotteur
     
    Prendre les bus El practico ou Chevallier tous les week end pour visiter une ville nouvelle.
     Avantage : Il y a tellement de choses à voir ! Le coût de l'option est relativement raisonable. Et malgré les distances, il serait dommage de se priver des longs week-end que l'on nous accorde (ou que l'on s'accorde le plus souvent) pour visiter ce beau pays.  
    Inconvénient : Si le voyage s'effectue avec les adeptes du premier paradigme, probabilité non négligeable de visiter surtout les restaurants, les boîtes et les centres commerciaux. Et même si le globe-trotteur voyage seul avec son Lonely planet, il trouvera de tout sauf des autochtones dans les auberges de jeunesse « backpackers » ou les bars qu'il fréquentera.
     
     
     
    Option 3: S'integrer à la vie locale (option choisie par Pauline)
     
    Essayer de créer des liens avec les gens sur place. Pour Pauline, l'intégration s'est surtout déroulée par le biais du parti communiste de Cordoba et de toutes les organisations plus ou moins marxisantes qui tournent autour. Saisir toutes les opportunités de se faire inviter aux réunions, aux séminaires, aux présentations de livres, aux fêtes post-électorales. Fréquenter des bars qui ne passent pas que de la musique électronique, tomber amoureuse du folklore argentin. Aller faire du bénévolat dans un orphelinat, faire connaissance avec les problèmes de paysans.
    Avantage : avoir le sentiment que sa mobilité n'aurait pas été la même si elle s'était déroulée ailleurs. Obtenir des petits tuyaus sympas : les noms des meilleurs groupes argentins du moment, l'adresse du 990 et de la casa babylon pour les concerts pas chers et sympas. Connaître un peu plus de ce pays et de son histoire, de ses contradictions. Se retrouver en marge de la comunauté intercambio (au vu des membres de ladite communauté, c'est définitivement un avantage).  
    Inconvénient : Compte tenu de la barrière linguistique, passer des soirées à se faire expliquer les blagues que les argentins lancent. Devenir une attraction pour des intercambios en quête de coolitude et ne pas oser refuser toutes les soirées intercambio proposées.
     
    Mais rappelons qu'il s'agit d'idéaux types, ce qui permet à Pauline de se situer dans l'option 3 tout en profitant des avantages de l'option 1 (avoir des amies allemandes adorables, en savoir un peu plus de la politique mexicaine, découvrir que l'ignorance légeandaire des états-uniens n'est pas qu'un mythe)/
    November 09

    Où l'on s'aperçoit que, malgré tout, on vit "L'auberge espagnole" en direct live


    J'imagine que vous connaissez tous cette sensation de « déjà-vu » (d'ailleurs en argentin, ça se dit aussi « déjà-vu », en français, si si, dingue, non ?), ben l'autre soir, j'en ai eu une sacrée, de sensation de déjà-vu.
    Nous sommes jeudi et inaugurons notre asador (voir « comida argentina »), que nous avons enfin obtenu après avoir tanné un bon nombre de semaines José et Sonia, nos proprios. Nous avons donc invité quelques gens à profiter de la bonne viande argentine cuisinée par Hannah.

    Et c'est là, assise devant mon bout de chorizo que j'ai revécu une des scènes de « L'auberge espagnole », pas la plus connue, certes, mais je suis sûre que les fans se rappelleront. La scène en question, c'est au début du film, après l'un des premiers cours de Xavier donné en catalan, s'engage alors à la terrasse d'un café une discussion sur la place des minorités dans l'Europe.
    Parce que finalement, même en Argentine, c'est un peu Erasmus : sur la bonne quinzaine de personnes présentes, il y a seulement quatre argentins, que ça fait d'ailleurs beaucoup rire d'être invités à un asado chez des françaises et des allemandes. Pour le reste, nous avons là un échantillon de l'Union européenne (enfin quand on était 15, parce que maintenant, à 25, ça serait compliqué) : il y a une flopée d'allemands, un autrichien, un italien, un espagnol, et puis Hélène et moi.
    Le principal protagoniste de l'histoire, c'est Gonçal, le copain d'Hannah (ma coloc, allemande), barcelonais et fier de l'être. C'est-à-dire que depuis le début, il nous répète qu'il n'est pas espagnol mais catalan ; Gonçal, c'est Gonzalo en catalan et quand je lui demande si ses parents sont militants catalans, il s'offusque. De même, vu qu'il vit un peu là, nous lui demandons de rajouter son drapeau sur le frigo (nous avons collé les drapeaux allemand, français et argentin), il nous répond que si il colle un drapeau, ce sera celui de la Catalogne.

    Donc, ce soir là, entre le bife de lomo et le Cuba libre, un débat s'engage sur le thème « mais qui sommes-nous ??? ». Gonçal, il le sait, son identité, c'est la Catalogne, c'est un peuple qui a été opprimé pendant des années, et ça lui semble logique d'avoir un statut à part. Et là, c'est intéressant, très intéressant de voir les réactions des autres pays (ben oui, ici, chacun représente un peu son pays).
    Les allemands, fondamentalement, ne comprennent pas. Forcément, eux, ils ont évacué toute esquisse de trace de nationalisme de leur discours. « Mais Gonçal, on est au XXIè siècle, il faut oublier un peu tout ça ! » lui lance Christof, Malin surrenchérit : « On va jamais arriver à construire l'Europe si chaque région veut affirmer sa particularité comme ça. ». Les argentins sont plus enclins à comprendre Gonçal : on l'a dit, pour eux, le nationalisme, ça n'a pas de connotation péjorative, au contraire, c'est le symbole d'une lutte pour sa liberté. Ben oui, finalement, l'indépendance de l'Argentine, c'est pas si vieux. Hélène soupire : la moitié de sa famille est corse, les discours dans ce genre, c'est rien de dire qu'elle y est habituée. Quant à moi, ben, je n'ai pas d'avis : oui, l'identité, c'est important, mais bon, je suis aveyronnaise et ça m'empêche pas d'être française et européenne en même temps.
    Enfin, Flo, l'autrichien, n'a pas franchement d'opinion, lui, il essaie de réconcilier les peuples qui sont en train de se déchirer sous ses yeux en gratouillant sa guitarre. Et vu qu'il gratouille bien, il y parvient. La discussion prend fin quand tout le monde se met à entonner un air de Manu Chao (le français qui vit à Barcelone, chante en espagnol et est très populaire en amérique latine), et devinez quelle chanson : « Clandestino » !!